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Je n’arrive plus à prier…

Désert de nuit

(photo © DepositPhotos)

Parfois, des personnes me disent, avec une pointe de culpabilité : « Je n’arrive plus à prier comme autrefois. Pourtant, je me dispose bien, j’en sens en moi le désir mais, à peine commencée, la prière se fait aride comme un désert ou alors, je m’endors littéralement ». Certaines personnes pensent alors qu’elles manquent de générosité ou qu’elles ne font pas assez d’efforts. D’autres sont carrément tentées de tout abandonner car elles trouvent trop ardu de vivre cette tension d’être là à attendre qu’il se passe quelque chose qui ne vient pas.

Pourtant, cette expérience du silence de Dieu dans la prière est un chemin nécessaire pour le rencontrer. Le Père Michel Rondet, jésuite, dans un très beau texte écrit ceci :

« La prière à l'école de Jésus est toujours le lieu d'une expérience de pauvreté de plus en plus radicale. Il n'est pas inutile de le rappeler aujourd'hui si l'on veut être honnête avec l'Évangile. La prière de Jésus à Gethsémani, son cri de détresse au Golgotha ne sont pas des exceptions. Toute prière connaît, un jour ou l'autre, cette nuit, cette impuissance. Dieu n'est rencontré en vérité qu'à travers son absence. Si le Fils bien-aimé, ayant pris notre condition d'homme, en a fait l'expérience douloureuse, comment pourrions-nous l'éviter ? » note

Cette expérience de pauvreté nous rappelle que la prière n’est pas un exploit toujours à notre portée. Déjà, dans l’Évangile, Jésus sait remarquer la prière des gens simples qui ne s’impose pas mais par laquelle ceux-ci offrent leur pauvreté. Qu’on se rappelle comment Jésus a su reconnaître l’authenticité de la prière du publicain devant la suffisance de celle du pharisien (Luc 18, 9-14).

La prière est un don, une attitude qui nous est offerte. Oui, il y a sans doute une étape dans notre cheminement spirituel où la prière nous apparaît comme un lieu sacré qui nous comble, qui nous remplit d’amour, qui nous fait goûter à l’intimité d’une présence. Mais la prière est aussi le lieu du dépouillement où s’exprime notre pauvreté et notre humilité devant Dieu. Cette expérience, les grands mystiques l’ont aussi vécue. Pas à pas, la prière nous conduit à la pauvreté intérieure et peut devenir en nous contemplation. Être là, simplement, les mains et le cœur ouverts, sans attente précise, dans la confiance que Dieu lui-même me porte dans sa main. Cette soif que je ressens de rencontrer Dieu, ce désir profond en moi ne s’éteignent pas malgré la sécheresse apparente, malgré mes yeux qui s’alourdissent, malgré les distractions qui m’envahissent, malgré tous mes membres qui me font mal. Je suis là, présent dans ma pauvreté et ce n’est que cette pauvreté que je puis offrir à Dieu comme un vase d’argile disponible pour accueillir un trésor.

Comme nous le redit Michel Rondet : 

« nous découvrons vite qu'il faut nous en remettre totalement à l'Esprit qui, seul, peut prier en nous la prière de Jésus bien au-delà de ce que nous pouvons dire ou faire. »

Jean-Marc Biron, sj
Centre de spiritualité Manrèse

Note
RONDET, Michel, « De la sainteté désirée à la pauvreté offerte »,  Revue Christus n 137, 1988.

 

Cette chronique vous propose de prendre quelques instants de réflexion à partir de différentes questions spirituelles, pour donner du souffle à votre vie quotidienne et à vos engagements.

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