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Marie, du bouleversement au consentement

Luc 1, 26-38 : 4e dimanche de l'Avent (Année B)

Cette scène de l’Annonciation, nous l’avons souvent entendue ou lue. Et aussi, nous l’avons souvent vue. Plusieurs grands artistes l’ont peinte ou sculptée. C’est sûrement une des scènes d’évangile les plus représentées dans l’art. Avec toutes sortes d‘anges des plus colorés aux plus discrets, et des figures de Marie très variées, de la noble dame somptueusement vêtue à la simple jeune fille étonnée. Dans cette scène, les attitudes de Marie peuvent nous aider à entrer dans l’esprit de l’Avent : l’attente active de la venue de l’Emmanuel.

Henry Ossawa Tanner

Oeuvre : Henry Ossawa Tanner, 1898, Philadelphia Museum of Art

Souvent, nous retenons surtout la finale de ce récit : le « oui » de Marie. Il est vrai que c’en est là le sommet, mais il est aussi le point d'arrivée d’une démarche, d’un parcours croyant qui peut ressembler aux nôtres, inspirer les nôtres. Ce « oui » ne vient qu’à la toute fin. Avant cela, Marie a traversé plusieurs étapes, qui montrent une femme qui se tient debout, qui ne se laisse pas impressionner facilement par la visite d’un ange, et qui s’interroge.

Tout commence non par Marie elle-même, mais, comme dans toutes nos annonciations, dans tout signe de la venue de Dieu dans nos vies, tout commence par l’initiative de Dieu qui nous dit sa bienveillance personnelle. Et la première réaction de Marie devant le messager de la grâce de Dieu est celle qui est normale quand Dieu nous rend visite. Elle est bouleversée, troublée, comme bien d’autres personnages de la Bible devant une visite imprévue, une venue du Dieu vivant par une parole ou un signe. Un événement, un avènement, qui dit que Dieu va nous rendre visite, qu’il est plus présent que nous croyons, que quelque chose de neuf peut advenir. Et Marie, comme nous, est bouleversée. Mais elle n’en reste pas là. Elle cherche ensuite à comprendre : Qu’est-ce que cela veut dire? Pourquoi? Elle entre alors dans une quête du sens de cette réalité mystérieuse qu’elle entrevoit, qui vient à elle. Comme ces convertis qui font l’expérience d’une sorte de visite intérieure bouleversante, puis qui se mettent en recherche, voulant saisir ce qui les a saisis.

L’ange, ici, doit alors fournir des premières explications. Le pauvre, peut-être ne savait-il pas dans quoi il s’engageait : il pensait qu’il n’aurait qu’à dire Ave Maria, et elle dirait : « oui, allons-y! » Ce n’est pas si facile. Alors, il donne le sens de ce qui s’annonce dans l'annonciation : la visite du Dieu vivant parmi nous par une naissance, celle d’un fils qui sera Messie. Et elle-même, Marie, va porter cette visite de Dieu; elle y sera engagée personnellement. Maintenant, cette visite s’éclaire, un horizon de sens est présent. Mais cela ne suffit pas à Marie; ce n’est pas encore le « oui ». Elle a besoin de plus d’explications, cette fois-ci non pas sur le sens, le pourquoi, mais sur le comment. L’ange est peut-être étonné de tout ce travail qu’il doit faire : ces humains, il faut tout leur expliquer! Alors, il précise : le rôle de l'Esprit, du souffle même de Dieu qui fait toutes choses nouvelles. Et, enfin, il atterrit, il offre un signe un peu plus concret, accessible, pour dire que l’Esprit de Dieu peut faire advenir du neuf, un signe proche de Marie : sa cousine Élisabeth, stérile, est enceinte. Un signe de fécondité, d’un don de la vie : quand Dieu rend visite, quand il fait demeure parmi nous, il s’agit de vie en abondance.

Au bout de cette longue recherche et de ce dévoilement progressif, finalement, Marie dit son « oui », son consentement. Marie, figure de l’Église, de nos communautés chrétiennes, de chaque croyant et croyante. Marie, qui se laisse bouleverser, qui se pose des questions, qui cherche à saisir peu à peu ce que signifie cette venue de Dieu avec nous et comment cela peut advenir. Et du début à la fin de cet accueil de la Parole, Marie est personnellement engagée, non extérieure à la démarche. Elle montre l’expérience croyante et espérante comme éminemment personnelle, car c’est ainsi que le Christ peut naître, que nous pouvons être féconds, comme individu, comme communauté et comme Église.

L’Avent est un temps d’écoute de la Bonne Nouvelle qui nous touche; puis, un temps du regard qui médite, qui s’interroge sur le pourquoi et le comment; et puis un temps d’accueil consentant et personnel de notre propre participation à la venue de Dieu parmi nous, à l’enfantement d’une vie nouvelle.

Questions pour la réflexion :

Dans ce parcours de Marie, en quoi est-ce que je reconnais le mien, le nôtre?

Pour me préparer à Noël, quelle attitude de Marie m'interpelle particulièrement?

Daniel Cadrin, o.p.

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