Le pardon sans calcul
Matthieu 18, 21-35
24e dimanche du temps ordinaire (A)
(photo : Magnific.com, montage : JR)
Une question de pardon… Dans la péricope précédente, Jésus affirmait que si deux ou trois sont rassemblés pour mon nom, je suis au milieu de vous (Matthieu 18,19). Jésus avait dit cette parole dans un contexte de prière : pour régler un conflit, si deux ou trois se présentent devant Dieu dans la prière, Dieu exaucera leur prière. Dans la péricope de ce dimanche, Jésus poursuit la réflexion : si deux ou trois n’arrivent pas à prier ensemble pour dépasser leur conflit, il reste le pardon.
La question de Pierre à Jésus : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère ? », pose la question des limites du pardon. Quand on y pense vraiment, il y a des choses qui sont impardonnables… sur quoi devons-nous nous baser pour arriver à pardonner ? Même quand nous sommes bien intentionnés, disposés à pardonner, nous ne voulons pas nous laisser entraîner trop loin ! Quels sont les critères du pardon ? Dans le judaïsme, la réponse la plus courante était quatre fois. Pierre est généreux en proposant sept fois. Pierre parle également de frère, ce qui montre que la question du pardon se situerait à l’intérieur d’un cadre relationnel. Il ne s’agit pas ici de droit ou de justifier le mal, c’est un pardon entre frères… la réalité est différente.
La réponse de Jésus est surprenante : pas sept fois Pierre mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois…une infinité de fois. Pour Jésus, le calcul n’est pas de mise. Il ne s’agit pas de savoir à partir de quel moment nous sommes en règle avec la pitié. Jésus invite Pierre à dépasser tout calcul. Pierre a proposé sept fois… un chiffre grandement symbolique. Il avait déjà fait un grand pas. Mais Jésus l’invite à tout autre chose. C’est comme si Jésus disait à Pierre : Je te commande de pardonner ! Pas de compter mais de pardonner.
Par la suite, à partir d’une parabole, Jésus illustre ce qu’est le vrai pardon. Le thème de la compassion est au cœur de la parabole. Se considérer comme pécheur pardonné doit nécessairement nous inviter à pardonner à notre tour. Qui sommes-nous pour ne pas pardonner ?
Francine Vincent, bibliste
Agente de pastorale, diocèse de Saint-Jean-Longueuil
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