Arracher le mal à sa racine
Matthieu 5,17-37
6e dimanche du temps ordinaire (A)
(photo : Freepik, montage : JR)
Si on prenait à la lettre les recommandations de Jésus dans la lecture évangélique de ce dimanche, on pourrait se retrouver soit en prison, soit dans « la géhenne de feu », soit éborgné, soit avec une main en moins. Réjouissant comme perspective, non ? Suffit-il alors de se dire qu’il s’agit simplement d’un langage imagé pour frapper un auditoire et qu’il vaut mieux le relativiser ? Après tout, le Christ ne s’attendait tout de même pas à ce que les gens s’adonnent à de l’automutilation ! Reste que le caractère radical et volontairement exagéré de ses propos indique la gravité de ce qu’il cherche à enseigner.
Quand on y regarde de plus près, on se rend compte que les plus sévères de ses recommandations sont reliées à des cas de non-respect du prochain. Se mettre en colère contre un frère, le rabaisser comme insensé, commettre une infidélité conjugale, tenter de dominer l’autre par le regard ou la force physique. La manière dont Jésus propose d’intervenir en réaction avec de tels agissements, s’arracher l’œil ou se couper la main par exemple, pourrait se dire en langage plus moderne : arracher le mal à la racine. Autrement dit, se montrer lucide quant aux envies, agissements ou paroles susceptibles d’atteindre le frère ou la sœur dans son intégrité physique ou morale, et prendre les mesures, même les plus radicales, pour l’éviter. C’est dans ces conditions qu’on peut espérer voir s’édifier le Royaume que le Christ est venu annoncer et inaugurer en ce monde.
Jean Grou
Bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église
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