Thomas, notre jumeau ?
Jean 20, 19-31
2e dimanche de Pâques (A)
(photo : Freepik, montage : JR)
L’Évangile selon Jean se terminait initialement au chapitre 20, comme l’indique l’épilogue des versets 30‑31. Cette œuvre est traversée par une série de dialogues entre Jésus et divers personnages, les plus importants étant Nicodème (Jean 3,1‑21), la Samaritaine (4,1‑42), l’aveugle-né (9,1-41), Marthe (11,17‑27), Pilate (18,28 – 19,22), Marie de Magdala (20,1‑2.11‑18) et Thomas (20, 24‑29). Sept rencontres alternées entre figures masculines et féminines, où l’évangéliste révèle progressivement l’identité profonde du prédicateur de Nazareth. Mais n’est-il pas étrange que Jean conclue son ouvrage en rapportant la discussion entre le Christ ressuscité et un disciple incrédule, qui a besoin de voir pour croire ?
En fait, chacun de ces personnages se prononce, de manière toujours croissante, au sujet de l’identité profonde de Jésus. Nicodème reconnait uniquement que Jésus est envoyé par Dieu (3,2). La Samaritaine demande s’il ne serait pas le Christ (4,29). L’aveugle-né croit qu’il est le Fils de l’homme (9,35‑38). Marthe affirme qu’il est le Christ et le fils de Dieu (11,27). Et Pilate le présente comme roi des Juifs (19,15). Après la résurrection, l’identification de Jésus s’effectue à la première personne. Marie de Magdala dit : « mon Maître » (20,16) et Thomas s’exclame : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (20,28) C’est, paradoxalement, de la bouche de ce disciple incrédule que provient la plus importante et éclatante profession de foi, non seulement de l’œuvre de Jean, mais des quatre évangiles. À nul autre endroit en effet, ne reconnait-on la divinité de Jésus. Quelle manière spectaculaire de conclure le tout !
En le surnommant Didyme, Jean insiste sur le fait que Thomas est un jumeau. Les deux noms, en effet, signifient « le jumeau », respectivement en grec et en hébreu. Mais de qui est-il le jumeau ? Pourrait-il s’agir de tous ceux et celles qui complètent le duo avec lui et « croient sans voir » (20,29) ? Pourrait-il s’agir de tous les auditeurs et auditrices et de tous les lecteurs et lectrices de l’Évangile de Jean ? Pourrait-il s’agir de nous aujourd’hui qui sommes appelés à reconnaître la seigneurie et la divinité de Jésus sans avoir été témoins oculaires de son séjour parmi nous?
Francis Daoust, bibliste
Directeur de la Société catholique de la Bible (SOCABI)
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