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Quelques pistes catéchétiques et pastorales inspirées par le (re)devenir chrétien

Si tu frappes à ma porte!

(photo © Depositphotos)

Accueillir et savoir entendre

Quand quelqu’un frappe à la porte, il suffit de se lever et d’aller ouvrir. Mais ça dérange, surtout si c’est un.e inconnu.e qui frappe. Rappelons-nous cette phrase de l’Apocalypse :

« Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (3, 20).

L’accueil est déjà̀ une manière de recevoir Dieu lui-même. Accueillir, ce n’est pas simplement être gentil et souriant. C’est tout lâcher pour l’autre, même si sa demande nous énerve, même s’il s’énerve de la réponse que nous lui donnons. Nous allons avoir de plus en plus à tendre l’oreille. On parle de savoir-faire, de savoir-être. Les agents pastoraux et les pasteurs que nous sommes auront de plus en plus à se taire et à savoir entendre.

Habiter la patience

La patience est une marque d’humilité. Ce n’est pas attendre patiemment que l’autre auquel je m’adresse me rejoigne dans ma proposition et devienne enfin celui ou celle que j’aimerais qu’il soit. C’est une patience avec soi-même. Car je suis lent à trouver le chemin praticable face à des personnes qui ne demandent à l’Église qu’un service passager ... ou dont les « motivations » me semblent trop légères !

La patience est d’autant plus importante que le (re)devenir chrétien nous révèle que la pastorale sera désormais une « pastorale des trous ». Tout le monde ne vivra plus désormais la vie chrétienne comme une voie rectiligne, même s’il y a creux et bosses, hauts et bas. Il peut y avoir de véritables trous aujourd’hui dans la vie de foi : on devient chrétien, on peut cesser de l’être, puis le redevenir. Une É́glise patiente est alors une É́glise qui est là̀ quand un questionnement surgit, quand une question se pose qui a besoin d’être entendue. Une É́glise-ressource. Mais ce n’est pas tout le monde au même moment, lors de l’inscription en catéchèse par exemple. Comment peut-on savoir quand la rencontre avec le Christ va avoir lieu ?

Initier et ré-initier

Il nous faut aujourd’hui trouver des chemins d’initiation et de ré-initiation.

♦  Initier, ce n’est pas produire du même

Il ne s’agit pas de faire des chrétiens conformes, voire des chrétiens « clonés ». Il faut favoriser, dans l’initiation, le « je », l’émergence de sujets en « je ». C’est le point de départ de l’ouverture à un « il » et à un « nous ». L’individualisme contemporain est une chance. Et il n’est pas contraire à l’Évangile, quand on connaît la mise en situation de survie de beaucoup de nos contemporains. Initier, c’est donc ouvrir un chemin de parole. Annoncer, répétons-le, c’est d’abord écouter. Il n’y a pas de méthode précise, si ce n’est le visage de la personne qui est en face de moi et la lecture de la Bible. L’Esprit saint que nous invoquons si souvent est un Esprit qui rend libre et qui souffle où il veut. Il n’y a pas un seul modèle de chrétien, dit l’initiation chrétienne.

♦  Initier, c’est favoriser un chemin d’humanisation

Devenir chrétien, c’est d’abord devenir humain. La foi ne vient pas saupoudrer nos vies comme une pincée de sel donne du goût à un plat fade. Elle n’est pas un ajout ou un en-plus. La foi chrétienne est une possibilité de s’humaniser. Il y en a d’autres aujourd’hui. Mais elle l’est de manière particulière. Dans la révélation d’un Dieu qui a le « toupet » de se faire homme, dans le visage d’un Christ qui se révèle fils de Dieu alors qu’il est défiguré sur la croix, dans un Dieu dont l’amour excessif vient resusciter nos vies et nous relever de la mort elle-même ! C’est un beau programme de catéchèse ! Mais c’est d’abord faire l’expérience d’un chemin qui est un chemin d’expérience. Et le « passeur » chrétien n’emmène pas sur son propre chemin mais n’est là que pour favoriser la rencontre avec le Christ (lui-même LE chemin) et les personnes accompagnées, avec leur tempérament, leur milieu d’origine, leur culture, les circonstances de la vie...

♦  Initier, c’est permettre une annonce personnalisée

Le modèle naît chaque fois de la rencontre avec l’autre qu’on accompagne ou le groupe que l’on a en face de soi. Sans modèle préétabli, sans parcours trop fixé à l’avance :

« La variété dans les méthodes est un signe de vie et une richesse et, en même temps un signe de respect à l’égard des destinataires note 1 . »

Il suffit que la Parole de Dieu résonne. Il est nécessaire de se laisser bousculer, étonner, surprendre par tout nouveau visage.

    « Le visage de l’autre homme, écrit le philosophe juif Marc-Alain Ouaknin à la suite d’Emmanuel Levinas, c’est ce qui le marque dans sa singularité, dans son unicité, dans l’impossibilité de l’interchanger avec un autre visage (note 2). »

  • ♦  Initier, c’est faire plonger dans l’expérience chrétienne

En créant de la confiance, c’est-à-dire en étant soi-même, comme accompagnateur, dans une dynamique de confiance. Confiance en Dieu bien sûr, en sa capacité à « appeler » aujourd’hui, à se révéler de lui- même à nos contemporains, confiance en sa Parole, qui fait toujours son travail. Confiance en la personne que l’on accompagne, en sa propre capacité de cheminement, d’être « catéchisée », initiée. Confiance en soi-même.
Un lieu pastoral offert à tous n’est pas une officine de recrutement pour les activités pastorales de la paroisse, mais un lieu où faire l’expérience d’un désir commun : partager de diverses manières sur ce qui fait vivre et croire. Les invitants à une rencontre, les accompagnateurs, ont d’abord à se laisser eux-mêmes évangéliser par les personnes rencontrées. Il faut offrir des lieux d’apprentissage fraternel de la foi chrétienne. Encore faut-il soi-même ne pas se croire arrivé, au bout de son cheminement. L’initiation chrétienne, c’est une de ses caractéristiques, est toujours réciproque. L’accompagnateur change avec l’accompagné. L’engendrement à la foi n’est pas à sens unique.

♦  Initier, c’est expérimenter avant d’accompagner

Accompagner des personnes sur les chemins du croire, nous apprend l’initiation, c’est leur permettre d’« exposer [leur] vie et entrer dans le mystère, dans la sphère d’existence de Dieu note 2. » C’est un plongeon, dit le baptême. Être accompagnateur ce n’est pas se contenter d’une bonne organisation, d’imaginer une bonne stratégie pastorale. Il est indispensable d’expérimenter soi-même ce qu’on veut faire vivre à d’autres. Il est plus facile d’accompagner des personnes sur des sentiers que l’on a soi-même arpentés.

Roland Lacroix

Cet article avait été publié dans le Contact catéchuménat, septembre / octobre 2007.
Les numéros de 2005 à 2007 ont été retirés du site de l'OCQ en raison d'un problème de droits d’auteurs pour certaines photos.

Notes

  1. 1. Henri Derroitte,«Initiation et renouveau catéchétique», Critères pour une refonte de la catéchèse paroissiale", in Henri Derroitte, dir., Catéchèse et initiation, Bruxelles, Lumen Vitae, 2005, p .67.

  2. 2. Henri Bourgeois et JeanVernette Seront-ils chrétiens, Le Chalet, 1977, p. 185.

 


 

 

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