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La postérité de Philippe

Rencontre

(Photos © Depositphotos )

Le livre des Actes des Apôtres raconte un voyage fort intéressant. Il s’agit en fait de l’histoire condensée du cheminement de foi d'un haut fonctionnaire éthiopien qui, après un pèlerinage à Jérusalem pour y adorer Dieu, retourne dans son lointain pays (Actes 8, 26-40). Chemin faisant, le président du Conseil du Trésor de la reine d'Éthiopie rencontre le diacre Philippe qui entreprend avec le voyageur un dialogue d’évangélisation. Ce sera un grand rendez-vous de l’Esprit.

L’expérience de Philippe est celle de tout chrétien qui est engagé dans le champ pastoral de l’éducation à la foi. C’est le cas notamment de ceux et celles qui accompagnent les catéchumènes vers le baptême. Que ce soit dans les dialogues d’évangélisation ou dans la phase du catéchuménat, l’accompagnateur est le témoin privilégié de l’action de l’Esprit et devient médiateur de la rencontre de Jésus Christ. Ce ministère exige beaucoup d’humilité pour être soi-même à l’écoute de l’Esprit. Il fait aussi appel à l’intelligence des Écritures, Premier et Nouveau Testament, pour voir comment il a de la suite dans les idées et dans son agir quand il attire à Jésus la personne qui cherche un sens à sa vie. Cette connaissance des Écritures est nécessaire non seulement parce qu’elles jalonnent toute la démarche catéchuménale, mais aussi parce qu’elle ont souvent été le déclencheur de la recherche de Dieu.

L’accompagnement consiste alors à mettre en dialogue les Écritures et l’expérience de vie de la personne qui vit un cheminement de foi, afin qu’en jaillisse la Parole de Dieu et la rencontre vivante et personnelle de Jésus Christ. C’est lui qui est la Parole par laquelle Dieu se révèle aux êtres humains, en même temps qu’il éveille chez eux la conscience de leur identité aux yeux de Dieu. Jésus a lui-même été, au gré de ses rencontres, un créateur de dialogue entre les hommes et son Père.

Jésus, homme de rencontre

Avant de commenter le récit de la rencontre de Philippe avec le fonctionnaire éthiopien, jetons un coup d’oeil sur l’expérience de Jésus à travers les récits qui nous le présentent en situation de rencontre individuelle (p.4 du Contact Catéchuménat, nov - déc 2006 - janv 2007). Je me suis amusé à en dresser une liste non pas avec l’intention de procéder à une étude savante mais d’esquisser à grands traits les motifs qui poussent des personnes à s’approcher de Jésus. Grosso modo j’ai dénombré 44 rencontres individuelles.

En parcourant ces nombreux récits de rencontre, on constate que ce sont les problèmes de santé qui amènent le plus de personnes à Jésus (21 cas). Ces rencontres donnent lieux à des guérisons (aveugles, sourds, muets, malades), à des libérations d’esprits mauvais (le possédé de la synagogue de Capharnaüm), à des réanimations (fille de Jaïre, Lazare). Dans certains cas, la guérison agit comme signe de la rémission des péchés comme dans le cas du paralytique que l’on fait passer par le toit.

Quand Jésus fait entendre un sourd, redonne la parole à un muet ou la vue à un aveugle, rend la vie à un mort, il permet à ces personnes d'entendre la parole de salut, de proclamer les merveilles de Dieu, de voir l'action puissante de Dieu ou de goûter dès maintenant à la plénitude de la vie que Dieu réserve à tous ceux et celles qui croiront en Jésus. Ce sont là des signes de la nouveauté que Dieu apporte à l'humanité par l'amour dont témoigne Jésus.

Pour certains individus, c’est plutôt leur quête de sens, leur questionnement ou leur curiosité face à Jésus qui ouvrent des voies d’accès à celui qui a l’autorité d’un maître. C’est le cas par exemple de l’homme riche qui cherche la vie en plénitude (Luc 18, 18-23), de Nicodème qui vient sonder l’identité de Jésus (Jean 3, 1-10). On peut aussi considérer la démarche de Zachée qui cherche à voir Jésus du haut de son sycomore (Luc 19, 1-10).

Quand Jésus s'approche avec tendresse des pauvres et des petits, il leur fait recouvrer à coup sûr leur dignité humaine, mais il révèle surtout à ces gens le prix qu'ils ont aux yeux de Dieu, un prix que Jésus paiera de sa propre vie. Quand Jésus suscite la conversion d'un Zachée, d'un Matthieu, d'une Marie de Magdala, il leur fait connaître l'insondable richesse de l'amour de Dieu qui ne veut pas qu'un seul de ses enfants soit séparé de lui; mais il révèle à ces personnes ce qu'elles ignoraient ou n’osaient pas croire: leur capacité d'aimer, de se donner, d'entrer en communion avec Dieu et avec les autres. Chaque fois, Dieu se dit, à travers la parole de Jésus, à tous ceux et celles dont l'espérance de vie et de
bonheur les pousse à s'attacher à Jésus dans la foi et l'amour. Ces personnes vivent l'aujourd'hui du salut parce qu'elles ont ouvert leur coeur à la puissance de salut que recèlent la parole et les actes de Jésus.

Depuis la résurrection, Jésus Christ se donne encore à rencontrer, à travers les Écritures, les sacrements dont l’Eucharistie, la communauté ecclésiale et le témoignage de ses disciples, à travers tout être humain qui a besoin d’être aimé et secouru. L’histoire de Philippe et de l’Éthiopien en est un exemple éloquent.

L’histoire se poursuit

Depuis le grand vent de la Pentecôte, l'Esprit Saint n'a pas cessé de souffler. Luc, dans les Actes, présente l'Esprit comme l'acteur principal de l'annonce de l'Évangile, de l'action missionnaire, de la croissance de l'Église et de l'interprétation des Écritures. Ces éléments sont présents à des degrés divers dans le récit de la rencontre de Philippe et de l’Éthiopien. Maître dans l'art de souffler où il veut et de faire des vagues partout où il passe, l'Esprit Saint agit autant dans le coeur de l'Éthiopien que dans la démarche de Philippe. Croisant le char du haut fonctionnaire et l'entendant lire un passage de la Bible, Philippe ressent une force intérieure qui le pousse à adresser la parole à ce voyageur qui a déjà un bon bout de chemin à son actif dans la recherche de Dieu. Ce sera l'amorce d'une annonce de la Parole. On peut s'imaginer l'Éthiopien, le rouleau du prophète Isaïe ouvert sur les genoux, en train de se « creuser les méninges » pour comprendre le passage qu'il lit: le quatrième poème du Serviteur souffrant (Isaïe 52, 13-53, 12). C'est assez sérieux comme lecture de voyage. D'ailleurs notre homme demandera l'aide de Philippe pour le comprendre. Et sa question le conduira sur un chemin neuf. Il ne sera plus le même quand il arrivera chez-lui.

Luc, l'auteur des Actes, ne s'est pas limité à raconter une anecdote mais il poursuivait un objectif catéchétique. Il nous fait entreprendre un voyage au pays de l'interprétation de l'Écriture. La démarche de Philippe illustre l'effort des premiers chrétiens à trouver une continuité entre la révélation faite au peuple d'Israël et son accomplissement dans la personne de Jésus. Le choix du texte d'Isaïe, qui parle d'un serviteur souffrant et triomphant, n'est pas le fruit du hasard. C'est le texte qui a joué un rôle prépondérant dans la prédication chrétienne pour comprendre le sens de la passion et de la résurrection de Jésus. Il a servi aux premiers chrétiens à relire et à situer cet événement dans le projet de Dieu. C'est au coeur de ce mystère que le haut fonctionnaire demandera d'être plongé.

La démarche de Philippe prolonge, dans des circonstances différentes, deux rencontres du Ressuscité que Luc situe le jour de Pâques : l’une avec les disciples d'Emmaüs, l’autre avec les apôtres. Dans les deux cas, Jésus suit le même procédé pédagogique : il ouvre leur coeur à l'intelligence des Écritures.

Les Écritures, témoin privilégié de la Parole de Dieu, jouent un rôle de premier plan dans la reconnaissance du Christ comme la Bonne Nouvelle de Dieu adressée à tous les êtres humains. Elles permettent de saisir l'unité et la continuité du projet de Dieu qui ouvre à l'être humain un chemin le conduisant à une vie pleine de sens. Si le contact avec les Écritures dispose déjà l'Éthiopien à emprunter cette route, nous devons reconnaître la nécessaire médiation de témoins et de porte-parole qui se montrent disponibles à l'impulsion de l'Esprit. Tel est le rôle de Philippe.

L'attitude de Philippe nous enseigne que l'accompagnement personnel est un moyen privilégié pour éveiller la foi dans le coeur d'une personne. Philippe n'impose pas sa présence, mais il saisit plutôt l'invitation de l'Éthiopien à faire route avec lui. En montant dans son char, il accepte d'entrer symboliquement dans la vie de l'étranger et de partager  son expérience, en l'enrichissant de la lumière que le Christ y projette. Après le baptême demandé par l'Éthiopien, l'Esprit entraîne Philippe sous d'autres cieux. La route est désormais ouverte à tous les Philippe de notre temps. Et l'Esprit laisse au nouveau disciple la liberté et la responsabilité de faire lui-même son chemin à la suite de Jésus.

Yves Guillemette
Ce texte est une réédition. Il a été publié à l'origine dans le bulletin Contact Catéchuménat novembre / décembre 2006 /Janvier 2007

Rencontres de Jésus
(Page 4 (pdf) bulletin Contact Catéchuménat, nov - déc 2006 - janv 2007).


Les numéros de 2005 à 2007 ont été retirés du site de l'OCQ, alors que n'avions pas les droits d’auteurs pour certaines photos.

 

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