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Une fête à ne pas manquer

Matthieu 22, 1-14 : 28e dimanche du temps ordinaire (Année A)
Oeuvre : Cerezo Barredo, c.m.f., 1998, Amérique latine

Oeuvre de Cerezo Barredo

Cet évangile nous présente deux paraboles, que Matthieu met à la suite l’une de l’autre, car les deux parlent d’une invitation à une fête. Mais chacune a sa propre dynamique et son enseignement. Elles ont un point commun : la fête des noces! Dans la symbolique des Écritures, cette noce évoque la fin des temps, quand le Seigneur nous rassemblera pour fêter l’alliance accomplie, avec lui et les uns avec les autres. Qu’est-ce qui peut mieux suggérer cette joie qu’un banquet de noces! Mais les choses ne sont jamais aussi simples que prévues.

Vous organisez votre party, vous envoyez les invitations, vous êtes excités et anticipez ce grand moment de réjouissance. Mais voici un imprévu : les invités, convoqués avec insistance, deux fois, ne viennent pas! Ce sont vos proches, votre famille, vous comptiez sur eux. Mais ils ont d’autres préoccupations; ils sont pris, prisonniers, dans leur petit monde, leurs soucis immédiats, leurs affaires à gérer, champs et commerce, leurs intérêts à assurer. Ils n’ont pas de temps à perdre dans une fête. En plus, certains sont tellement enfermés dans leur monde clos qu’ils réagissent violemment à l’invitation et font mal à vos amis, chargés simplement de leur transmettre l’appel. Que faire? Renoncer à la fête des noces? Heureusement qu’il y a d’autres gens dans le monde. Alors, vous lancez une invitation ouverte, à toute personne, aimable ou non, correcte ou non. Car il vaut la peine de fêter, et cela ne se vit pas seul. Et ces gens imprévus, de toutes sortes d’horizons, finalement viennent. Alors, la fête peut avoir lieu.

Dans cette histoire, les auditeurs de Jésus peuvent reconnaître des expériences qu’ils ont vécues. Et aussi, ils peuvent relire les Écritures qui racontent la même aventure. Dieu a envoyé ses prophètes, qui appelaient à se tourner vers lui, à entrer dans le bonheur du Royaume, de sa convivialité. Mais les prophètes n’ont pas été entendus. Et même on a éliminé leurs voix, trop dérangeantes, ouvrant des horizons neufs, invitant à laisser des petits tracas pour s’ouvrir au mystère d’un don. Cette histoire est aussi celle de Jésus et des premiers chrétiens. Il y a des gens en Judée et Galilée qui ont accueilli l’annonce de la Bonne Nouvelle, mais finalement, plusieurs ont fermé leurs cœurs. Et voici que l’invitation sera lancée par Pierre, Paul et d’autres, à des gens qu’on ne pensait pas capables de s’intéresser au Royaume : des Grecs, des Égyptiens, des Syriens, qui accueillent favorablement l’appel. Et voilà qu’au banquet de noces, celui de l’assemblée, se retrouvent des gens de partout. Le premier refus a ouvert la voie à une universalité de l’assemblée. C’est, aujourd’hui encore plus, la réalité de la vie de l’Église, maintenant vraiment catholique, formée de visages de toutes nations et conditions, bons et mauvais, mêlés ensemble dans la quête du salut.

Cette première parabole se suffit à elle-même. Mais Matthieu lui en joint une autre, qui parle d’une autre dimension. Une fois présent au banquet, il ne suffit pas d’être là. La participation à l’assemblée demande un engagement personnel, ce qui est évoqué par le vêtement de noces. En Matthieu, cet engagement est celui de pratiquer la miséricorde, de faire des œuvres de justice, d’avoir souci du petit qui a faim et soif, qui est étranger, prisonnier, malade, d’être artisan de paix. Ce vêtement de noces a les couleurs de la foi, de l’espérance et surtout de la charité. Ici aussi, cette parabole rappelle les appels des prophètes.

Ces paraboles sont provocantes et peuvent nous choquer. Mais elles veulent avant tout, aujourd’hui comme hier, appeler fortement à réagir, à sortir de notre engourdissement spirituel et moral. Et à bouger quelque part en nous, à nous déplacer pour accueillir une réalité réjouissante et transformante, celle du Royaume. Et à porter le vêtement qui sied. Les voix des prophètes et de Jésus se font encore entendre. Nous avons peut-être d’autres préoccupations immédiates. Mais ces voix appellent à une fête unique, à un bonheur inattendu.

Questions pour la réflexion :

Quel messager, près de moi ou de loin, me relaie cette invitation à la noce?

Qu’est-ce qui me retient ou me donne le goût d’aller à la fête?

Comment vais-je m’habiller pour y participer?

Daniel Cadrin, o.p.

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