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Une démarche longue et patiente

Matthieu 18, 15-20 : 23e dimanche du temps ordinaire (Année A)
Chemin du Lac Vert, Saint-Damien-de-Buckland (photo : D. Cadrin)

photo de Daniel CadrinL’expérience communautaire fait partie de la vie chrétienne depuis ses origines, car croire en Jésus le vivant n’est pas une randonnée solitaire. Le chemin de la foi nous engage sur une longue route avec d’autres, avec qui nous partageons recherche, convictions et expression. Cette communauté de foi peut prendre des formes variées : groupes de vie commune, paroisses, groupes de partage, communautés religieuses, … Malgré la diversité des modalités, la communauté est vivante et soutenante quand une réelle appartenance se développe. Mais cette expérience ne va pas de soi. Querelles, malentendus, factions, exclusions font partie du voyage, et cela depuis les premières communautés jusqu’à aujourd’hui. Quand quelqu’un ne marche plus au pas, qu’il ne pense pas comme nous, ou qu’elle refuse tout ce qui est acquis ou nouveau, la tension monte. Quand des membres sabotent les efforts des autres ou agissent d‘une manière contraire à l’Évangile, les réactions sont vives. Le climat devient vite explosif et la tentation est grande alors de rejeter aussitôt les fauteurs de trouble, les incorrects.

L'évangile de Matthieu parle de situations semblables. Il s’inscrit dans un chapitre qui porte sur la vie communautaire des disciples. Face aux membres qui brisent la communion, Jésus propose une démarche avec des étapes. Il s’agit ici de gens qui déjà ont opté pour Jésus et marchent à sa suite. Que faut-il faire quand quelqu’un, qui semblait des nôtres, ne respecte plus les convictions et valeurs de base du groupe et ainsi menace sa cohésion? La réponse de Jésus peut nous sembler sévère, mais pour les lecteurs de Matthieu, c’est plutôt le contraire. Jésus invite à une longue démarche de dialogue avec la personne, depuis une rencontre à deux, puis à quelques uns, et ensuite dans l’assemblée; et si, après tous ces efforts, on n’aboutit à rien, alors seulement la rupture advient. Non au début mais à la toute fin de la démarche. Au lieu de l’exclure aussitôt, ce qui est la réaction spontanée, les disciples sont appelés à prendre tous les moyens pour interpeller le frère ou la soeur dans la foi et susciter un changement. La première étape n’est pas de dénoncer immédiatement la personne en faute de façon publique, mais de la prendre à part et de miser sur un appel personnel.

Cela dit l’importance du lien fraternel, qui ne peut être brisé facilement sans qu’il y ait d’abord un sérieux effort de rapprochement. Cette volonté que le membre en faute se reprenne en main suppose l’existence d’une communauté où l’appartenance et la solidarité sont présentes, où il y a un attachement réciproque et de réelles convictions partagées. Autrement, pourquoi se compliquer la vie avec une telle démarche de patience et d’espérance? Derrière la démarche proposée par Jésus, il y a un regard porté sur l’être humain, capable de se convertir, de transformer ses façons d’être et d’agir. Évidemment, cette démarche ne vise pas de petits problèmes de discipline, des différences de caractère qui nous agacent ou des accrochages où les interventions de l’un peuvent blesser un autre. Il s’agit ici de fautes graves qui mettent en cause l’appartenance à la communauté et instaurent une rupture forte avec ses convictions et ses valeurs. L’idolâtrie, pour les premiers chrétiens, était une faute de ce genre. Si cette faute perdure, c’est l’appartenance elle-même qui n’a plus de sens. D’où l’appel de Jésus en Matthieu à déployer toute cette inter-action et cet échange avec le disciple pour lui faire saisir le non-sens de son action, qui l’éloigne de l’Évangile.

Quand la démarche, avec toutes ses étapes, ne réussit pas, ce qui peut arriver, celui ou celle qui était disciple est alors considéré comme un païen ou un publicain. Il ou elle n’est plus membre de la communauté mais n’est pas nécessairement mis en dehors du salut offert. Car le païen et le publicain sont justement ceux à qui Jésus annonce la bonne nouvelle. C’est comme si on revenait au point de départ du processus de conversion.

Questions pour la réflexion :

J'ai été témoin de démarches de ce genre? ou contraires?

Quelles fautes graves aujourd'hui pourraient susciter une telle démarche?

Quel regard Jésus m'invite-il à porter sur les membres de ma communauté?

Daniel Cadrin, o.p.

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