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L’entre-deux qui fait toute la différence

Matthieu 26,14 – 27,66 : Dimanche des Rameaux (Année A)

Trop souvent malheureusement, nous cherchons à prendre le contrôle de tout autour de nous, avec les meilleures ou les moins bonnes intentions. Nos projets et nos solutions s’avèrent gestionnaires; nos questionnements et nos réponses ne sont que techniques; nos comportements et nos esprits (je veux dire : notre mentalité et nos positions) restent binaires. On « prend en main » les gens et les situations, en se défendant bien d’être idéologique.

C’est notre lot, mais notre rançon aussi bien. Nulle grâce ne permet d’y échapper parfaitement ou d’en être exempté. Le danger serait de prétendre le contraire – et c’est pourquoi il faut tant craindre les idéologues, qui ignorent toujours les angles morts de leurs position et mentalité.

Mais la grâce peut nous guérir, même dans les situations les plus équivoques ou les plus « coinçantes ». Elle nous aide à (re-)trouver un fonctionnement sain; elle nous maintient en une ouverture salvifique; elle configure en nous une posture ternaire.

Cette grâce, concrètement mise en scène dans le texte mathéen de ce jour, c’est (la figure de) ce Jésus : monté sur deux ânes et s’absentant d’une « procession » où il n’est plus que l’objet de nos besoins.

Parce qu’à l’évidence, on ne s’assoit jamais littéralement sur deux montures à la fois, Jésus est présenté dans l’entre-deux où il décide lui-même de se situer. Comme ces ânes, Jésus doit être trouvé en un lieu autre et méconnu, au-devant de soi. Il doit être délié et prévenu de la moindre prétention à dire quelque chose de sa situation véritable. Il doit relever d’une parole autre que la sienne (une prophétie, qu’il ne fait pas lui-même!) et où il peut s’inscrire.

Il n’est donc ni réduit au « destin », qui lui échapperait, de sa route vers Jérusalem ni gonflé de la « pleine conscience » de celui qui sait tout, devine tout et contrôle tout. Certes, comme maître et Seigneur (quel maître? quel Seigneur?), il semble coincé, comme pris à parti, s’il doit simplement prédire cela même qu’il va commander de faire à ses deux disciples, ou s’il instrumentalise ces deux disciples aussi bien que ces ânes pour ses fins propres, ou encore s’il lui suffit de contrecarrer toute possible opposition à sa demande par une justification au nom du « Seigneur [qui] en a besoin »  (quel genre de « Seigneur » en aurait nécessairement besoin?)

La posture de Jésus, cet entre-deux où il se tient, n’a rien de l’indécision. Elle ne repose pas davantage sur une soi-disant humilité de Jésus, même « au service de la cause »; ça ne change rien à ce contexte idéologique. Sa posture prévient l’idéologisation et ça fait toute la différence : si tant est qu’on lui reconnaisse cette posture…

Mais parce que rien n’est moins sûr, il s’efface. Une fois assis (au non-lieu où il choisit de prendre place), on perd de vue Jésus. On n’a d’yeux que pour ces deux disciples couvrant de leur manteau les ânes qui sont amenés. On n’a d’yeux que pour cette foule ajoutant à son tour aux manteaux personnels de quoi couvrir la route. Tout se trouve pavé, sans plus aucune allusion à Jésus se déplaçant.

Enserré dans cette double foule, qui le précède et qui le suit, il est totalement éclipsé. Être là jeté dans la masse… ou ne pas être : quelle différence? Être là, sans place visible, ne participant à rien de ce qui se déroule visiblement : quelle absence!

Ce qu’acclament alors les masses avec ce « Fils de David » venant « au nom du Seigneur », est-ce plus qu’une réclamation en leur faveur, une reconnaissance fort intéressée, puisqu’elle prend toute la place? Aussi haut dans les cieux que puisse se rendre l’acclamation, il n’en restera, lorsque Jésus entre finalement dans la ville de Jérusalem elle aussi en proie à l’agitation, il n’en restera qu’une identification « prophète » ramenée à… n’instruisant que de son origine géographique (« Jésus, de Nazareth en Galilée »). Comme quoi, c’est « tout un » ou bien « tout l’autre » qui déciderait encore de son identité, quand on perd de vue l’entre-deux…

L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem est le reflet de notre esprit binaire contrôlant, de notre besoin d’« avoir tout entre nos mains » –  quelle que soit la cause… quelle que soit la crise identitaire que l’on mène. L’issue ne consiste pas à s’abstraire de ces conditions : chose ô combien impossible et leurre ô combien difficilement inavouable. Il s’agit plutôt de traverser et d’habiter autrement notre situation ambiguë et complexe, à la manière de Jésus.

Tel serait alors l’art, la possibilité, l’exigence de se déplacer assis dans l’entre-deux que crée la parole, que constitue la béance de la foi, que met en place l’absence à même la présence.

Étienne Pouliot, chargé d’enseignement
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval

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